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Yang Bunthoeun, un pédagogue tenace

20/09/2018 


Yang Bunthoeun, un pédagogue tenace

 

Frappé par la lèpre, Yang Bunthoeun raconte comment il a pu surmonter la maladie et la misère pour trouver sa voie, l’enseignement pour les plus démunis.

 

La trentaine entamée, Yang Bunthoeun est aujourd’hui directeur d’une petite école primaire dans un village de Kompong Speu, au sud du Cambodge. Un hameau construit dans les années 1980 par des mutilés d’une guerre qui continuait de ravager le Cambodge.

 

Bunthoeun, lui, est originaire d’une commune à 100km de là. Son histoire est marquée par une autre infortune : issu d’une fratrie de 7, ils sont 4 enfants à avoir contracté la lèpre, dont Bunthoeun. Doué à l’école, malgré des parents très pauvres, il a réussi à poursuivre des études universitaires en pédagogie, à force de ténacité et avec le soutien de CIOMAL.

 

« Les premiers signes de la maladie se sont manifestés lorsque j’avais 15 ans, raconte-t-il. Mais je ne savais pas ce que c’était. A 18 ans, j’ai perdu l’usage d’une de mes jambes qui s’était atrophiée et traînait derrière moi lorsque je marchais. J’ai eu un choc lorsque j’ai compris que j’avais la lèpre. J’avais entendu dire que l’on jetait les malades hors des villages et qu’ils étaient condamnés à errer dans le pays, rejetés par tous. J’étais très inquiet, mes parents aussi. Ils ont remué ciel et terre pour me trouver les médicaments nécessaires; ils se sont ruinés en m’emmenant consulter des médecins, des guérisseurs, des devins… Ce n’est que deux ans plus tard que nous avons entendu parler du centre de santé KKLRC, dirigé par CIOMAL à Phnom Penh. C’est là que l’on m’a administré le traitement. C’est aussi là que j’ai compris que la maladie était guérissable et qu’un avenir était possible pour les personnes atteintes de la lèpre. »

 

C’est d’ailleurs dans ce centre que Bunthoeun a rencontré son actuelle épouse, ouvrière textile et mère de leurs deux enfants. « Nous nous sommes connus par téléphone, elle avait composé mon numéro par erreur, confie-t-il. Mais nous avons poursuivi nos conversations pendant plus d’une année. Je ne l’avais jamais vue même  pas en photo. Lorsque les chirurgiens de CIOMAL m’ont opéré la jambe en 2011, elle est venue me voir, elle a compris que j’avais eu la lèpre, mais elle ne m’a posé aucune question. Nous n’en avons jamais parlé. Je suis resté 2 mois à l’hôpital, elle s’était libérée pour rester un mois auprès de moi. »

 

« Nous nous sommes mariés 3 ans plus tard. D’abord, je devais finir mes études que j’avais commencées en 2009. J’étais très pauvre mais je me suis retrouvé avec des enfants de riches, des fils à papa, qui ne voulaient pas étudier. Ils ont fait un deal avec moi. Ils me payaient des cours particuliers, le matériel et les repas, en échange ils photocopiaient mon carnet de note en falsifiant leur nom pour le présenter à leurs parents. Ainsi ils faisaient l’école buissonnière et j’étudiais à leur place.

 

J’ai toujours travaillé à côté de mes études. J’ai commencé comme enseignant dans ma petite école, puis on m’a proposé le poste de directeur. Les enfants qui viennent ici sont d’une pauvreté extrême, certains arrivent de très loin, pieds nus, sans rien dans le ventre. Je veux leur transmettre le savoir pour qu’ils puissent à leur tour s’en sortir. »

 

Yang Bunthoeun a pu étudier grâce à une bourse de Peter Donders Foundation. Il est membre du bureau exécutif de l’association des personnes handicapées atteintes de la lèpre.

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